Hommage à Joseph Brisson et Anna Lacasse

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Hommage à mes grands-parents

Joseph Brisson et Anna Lacasse

La famille Joseph Brisson

De Charles, on ne connaît que le nom. Damas, son fils, était l’époux de Sophie Daigle et père d’Arsène. Né à St-Donat vers les années 1860, Arsène, alors dans la vingtaine, épousa Olivine Gaudet, née au mois d’août 1860. Arsène était forgeron et suivait les camps de bûcherons pour gagner sa vie, alors que Olivine (notre arrière-grand-mère) restait seule à la maison, la plus grande partie de l’année.

Cependant, ni la grande pauvreté ni l’éloignement prolongé n’empêchèrent grand-mère d’avoir un garçon, le 14 février 1884. Ce garçon reçu le nom de Joseph. Deux filles suivirent soit Sara qui épousa Oscar Désormeaux et avec qui elle eut plusieurs enfants ainsi qu’Amanda qui épousa Anatole Beauregard, mais qui n’eut pas d’enfant. Albert le dernier-né, épousa Louise Demers et ils eurent dix enfants, tout répartis dans le Témiscamingue et le nord de l’Ontario. Voilà pour la famille de grand-papa Brisson.

Le goût de l’aventure

De la petite enfance de grand-papa, on n’en connaît pas beaucoup. À vingt ans, ne trouvant pas de travail dans St-Donat ni aux alentours, et possédant le goût de l’aventure. Comme il doit gagner sa vie ; il pense s’embarquer pour le Klondike, où les mines d’or devaient rapporter gros. Mais comme ceux qui en revenaient étaient plus pauvres qu’au départ, il changea d’idée. Apprenant que des terres nouvelles s’ouvraient au Témiscamingue. C’est au printemps de 1904 que Joseph fit son balluchon, salua ses parents et partit avec deux de ses oncles.

L’arrivée au Témiscamingue

Après des heures de chemin de fer, de bateau et de marche, leurs pas les conduisirent à St-Placide de Béarn. Certaines de leurs connaissances s’y étaient déjà établies. La paroisse de St-Placide de Béarn fut découverte en 1885 par Dieudonné et Lactance Bellehumeur.

Cette “terre promise” offrait du terrain très propice à l’agriculture ainsi qu’une forêt pouvant aider avantageusement à gagner sa vie. En 1904, lorsque grand-papa arriva, il y avait déjà une petite communauté qui s’aidait dans les coups durs et colonisait cette belle partie du Témiscamingue. Dire le lieu exact que grand-papa choisit pour bâtir sa maison serait difficile, mais on sait que peu de temps après son arrivée, tous le connaissaient pour son grand cœur, sa bonne humeur et ses chansons. Comme conséquence de son bénévolat, lorsqu’on voulut poser la cloche sur l’église, en 1907, on eut besoin de ses services. Peut-être que les bras n’étaient pas assez nombreux ou que le calcul fut faussé pour loger la cloche, toujours est-il, qu’elle retomba sur son pied et trois de ses orteils furent très endommagés. Cela ne fit que renforcer les liens qui unissaient cette paroisse naissante. En 1908, on fête la St-Jean-Baptiste et en cet honneur, on forma un club dramatique afin d’égayer la soirée. Grand-papa est le héros de la pièce, celui qui meurt à la fin, transpercé par un couteau et le sang qui coulait. Mais comme dans tout drame, ce sang provenait d’une vessie de porc lavée, vidée et remplie avec une substance rouge lui donnant l’apparence du vrai sang. Comme cette représentation fut un franc succès, les paroisses environnantes demandèrent aux membres du club de faire une tournée, et c’est lors de l’une des représentations, donnée à Lorrainville, que grand-mère fut présentée à grand-père et qu’ainsi débutèrent leurs amours.

La famille d’Anna Lacasse

Joseph Lacasse et Olive Gareau se marièrent dans la paroisse de Ste-Lucie et eurent 12 enfants vivants, dont Anna était la neuvième. Dans ces temps de grande pauvreté, les parents croyant gagner mieux leur vie à St-Côme, ils déménagèrent alors qu’Anna avait 3 ans. Son père était un vaillant travailleur et il savait lire et compter; ce qui était très rare dans ce temps-là. Sa mère était de santé fragile et ses nombreuses maternités la laissaient au lit presqu’à l’année et c’est ainsi que Rose-Anna, la plus vieille de ses sœurs, dut prendre la besogne très jeune. Alma une de ses sœurs fut donnée à une tante Sophie, qui n’avait pas d’enfants.

À part les trois filles, la famille se composait de neuf (9) garçons : Ildège, Arthur, Ludger, Rodolphe, Edmond, Médéric, Léo, Joseph et Alcide.

Maîtresse de maison, à 10 ans

Lorsque Rose-Anna se maria à Joseph Riopel, Anna n’a que dix (10) ans et malgré son jeune âge elle devint maîtresse de maison et elle faisait tout : le lavage à la planche, le lavage du plancher de bois blanc, la cuisine etc.

Le travail était si lourd qu’à douze (12) ans ses forces l’abandonnent et elle fut de longs mois très malade. Après sa convalescence, afin de l’aider dans sa besogne et aussi pour l’encourager, son père lui achète une machine à coudre de marque “Raymond”. Grand-mère étant très adroite, elle appris vite à coudre et c’est ainsi qu’elle pu habiller toute la maisonnée, des sous-vêtements aux manteaux.

Le Témiscamingue

Jolie brunette, elle eut quelques prétendants, mais étant très réservée et “difficile”, elle ne laissa pas son cœur facilement vagabonder. Cependant, en 1908, alors qu’elle a 22 ans, ses parents décidèrent de venir s’établir au Témiscamingue. Bien qu’elle y laissait une parcelle de son cœur, son devoir de fille soumise lui disait de suivre sa famille car sa mère étant toujours malade et les temps étaient durs. Remettant son avenir dans les mains du bon Dieu, en grande chrétienne, elle suivit les siens. Le voyage fut très long, dans des trains mal entretenus et sentant le bétail à plein nez; car le train était divisé en deux, un bout pour les gens et l’autre bout pour les animaux. Comme elle faisait de l’eczéma sur les genoux, le frottement des vêtements, provoqué par le brassement du train, envenima ses plaies et on craignit un certain temps, qu’elle perde les jambes; mais elle guérit. C’est ainsi que la famille s’établit à Laverlochère.

Le jeune veuf

Comme cette paroisse est composée plutôt de jeunes familles, les amis de son âge sont rares et elle vieillissait sans avoir de prétendants. On lui présente alors, un jeune veuf avec un enfant; sa femme est morte à la naissance du bébé. Malgré toute la sympathie qu’elle a pour cet homme, elle ne veut pas de “bouillon réchauffé” comme elle se plaisait à en rire. Car même si dans ce temps-là, la connaissance des mystères de la vie étant un sujet tabou et que pour désigner une femme enceinte on soulevait le tablier pour faire une forme, Anna y connaissait sûrement quelque chose.

Un concert dramatique

Edmond, le frère d’Anna qui demeurait à Lorrainville et comme un concert dramatique allait avoir lieu dans la paroisse, il alla chercher Anna, afin de la distraire. Après la représentation, on rencontra les comédiens pour les féliciter. Joseph, bien beau et héros de la pièce, Anna, jolie et libre, on prit rendez-vous et c’est ainsi que leurs amours commencèrent.

Des amours au mariage

Ce furent des amours très chastes et pas comme aujourd’hui, on se rencontrait que quelques fois par année. Ainsi on avait le temps de réfléchir à la raison du mariage qui était de fonder une famille. On choisissait autant que possible un homme de cœur, travaillant, sobre etc… et comme Joseph avait toutes ces qualités, il conquit le cœur d’Anna et cela les conduisit au mariage. Malgré les divergences politiques de Joseph avec son beau-père, on oublia ce sujet et c’est le 9 juillet 1912, dans l’église de Laverlochère qu’eut lieu leur mariage. En revenant de l’église, alors que le trajet du retour se fit en voiture, les pères jasèrent et comme en ce temps-là, les mariages étaient défendus entre parents jusqu’au quatrième degré, ils s’aperçurent qu’ils avaient un oncle commun : donc “parent ensemble”.

Mariage à l’essai

Alors, on arriva à la maison, on dîna puis on repartit pour l’église encore une fois car le père d’Anna ne les croyait pas mariés vu leur parenté. Anna portait une jolie robe “gris perle” décorée de petits rubans, car dans ce temps-là, le blanc n’étant pas de mise. Joseph avait lui aussi mis ses plus beaux atours. Et c’est ainsi que tout l’après-midi passa à discuter avec leur vieux prêtre qui, les ayant mariés dans le matin, ne voulut pas les marier encore une fois et leur dit d’aller en paix. Alors on alla continuer la noce. Cependant, n’étant pas certain si son diagnostic était le bon, ce brave curé s’informa à son évêque et c’est ainsi que trois (3) semaines après le mariage, le curé de St-Placide de Béarn vint leur dire que leur mariage était pas valide et qu’ils n’étaient pas mariés. Alors ne voulant pas vivre en concubinage ils allèrent sur le champs, régulariser leur union.

Travailler bien dur pour subsister

Même si l’amour était très fort, les finances ne l’étaient pas. En 1912, au mois d’août, Joseph va à Lorrainville pour affaires, en voiture, il est nu-tête. Il prit un coup de soleil si fort que c’est grâce à son cheval qui connaissait son chemin, qu’il a pu revenir à la maison. Très intriguée de voir le cheval arrêté et grand-père resté dans la voiture, Anna sortit et pensa que son Joseph avait pris un coup même si ce n’était pas dans ses habitudes. Un vieux voisin qui prenait de l’eau chez-eux vint au secours d’Anna, en faisant coucher Joseph et lui appliquant de l’eau froide sur la tête et de l’eau bouillante aux pieds pour faire descendre le sang. Après plusieurs heures d’efforts, Joseph reprit connaissance et le cours de la vie continua. Anna devint enceinte et alors que la joie régnait, ils n’oubliaient pas l’amour de leur prochain, car en même temps, une jeune femme qui était maîtresse d’école, fut prise de tuberculose et comme la maladie était contagieuse, ses parents ne voulurent pas la recevoir chez-eux.

Ce furent Joseph et Anna qui la soignèrent à leur maison jusqu’à sa mort qui survint un mois et demi après, et personne n’attrapa la terrible maladie.

Fiers de leur famille

Âgée de 27 ans, Anna eut un accouchement à terme mais très difficile, Olivina vint au monde le 4 septembre 1913. Comme le médecin du temps lui a donné quelque chose pour hâter le travail, les douleurs furent tellement violentes qu’elle “s’ouvrit la toile du ventre” probablement une hernie. Après cet accouchement, la science n’étant pas avancée, elle dut rester comme cela le reste de sa vie à en souffrir. Ce n’était qu’avec un corset très rigide qu’elle pouvait se soutenir le ventre.

Fiers de leur première fille, ils ne voulaient pas en rester là car aucun moyen de contraception n’existait alors. C’est ainsi que le 12 octobre 1915 Placide vint au monde. Durant la guerre, la peur tourmentait les familles car plusieurs de leurs membres partaient pour le front, d’autres se cachaient dans les bois. Le 5 novembre 1917, Maurice vint au monde. Henri suivit le 7 février 1919 et Donat arriva le 18 avril 1920.

La grippe espagnole

Entre ces naissances rapprochées, la grippe espagnole dans la paroisse, décimant une grande partie de la population. Dans chaque famille, souvent une ou deux personnes mouraient et les autres étaient très malades. Deux hommes restèrent valides, soit Joseph et un de ses cousins. C’est ainsi qu’on les nomma “les anges gardiens”, ils faisaient la tournée pour porter à manger aux malades, enterrer les morts etc… et ce fut nuits et jours qu’ils poursuivirent leur besogne jusqu’à ce que la maladie prit fin. Eux ils ne furent pas touchés par celle-ci.

Déménager à la Tête du Lac

Leur terre n’était pas très bonne et se faisant vanter les fermes florissantes de la Tête du Lac aujourd’hui nommé Notre-Dame du Nord, deux des frères d’Anna y étaient déjà installés, nos grands-parents décident d’acheter une terre à la sortie du village. Mais comme cette terre était la propriété des Indiens, ils durent acheter la terre suivante, à la limite de l’Ontario, en 1921. Achat qui ne se fit pas sans emprunt et le Séraphin du temps avait aussi la dent longue. Pour se faire rembourser, il employait Joseph, toujours au temps où le travail sur sa terre aurait été le plus urgent. Alors très souvent, nos grands-parents coupaient sur leurs nuits de sommeil pour arriver dans leurs travaux. Rien n’empêcha cependant Marcel de venir au monde le 17 juillet 1922. Et la besogne reprit de plus belle car la mère d’Anna devenu veuve, vint demeurer avec eux.

Le grand feu de 1922

Plus d’ouvrage, très peu d’espace dans la maison et la catastrophe arriva. À l’automne de 1922, les derniers mois avaient été très secs, dans les campagnes tout est desséché. L’eau manque un peu partout. Il y a des feux d’abattis ici et là. Même si certains les croient sans danger, d’autres craignent qu’un de ces jours, un feu alimente un incendie. Des amoncellements de branches en pays neuf il y en avait. Et voilà !

À l’aurore de ce jour tragique, mercredi le 4 octobre 1922, le vent est léger, doux, comme caressant. Mais voici que vers midi, il souffle de plus en plus fort. Vers 2 heures de l’après-midi, des vents violents éveillent les feux engourdis. De gros nuages de fumée s’élèvent et deviennent de plus en plus épais. Les vents soufflent direction sud-ouest.

À Haileybury, le feu commence à la station de chemin de fer. Le vent augmentant en vitesse, des débris de toutes sortes, enflammés, voltigent sur les toits. Les demeures, les édifices, tout prend feu presqu’en même temps et la ville est coupée en deux. La désolation est à son comble, vers la 3½-4 heure, à cause de la fumée, il fait noir comme en pleine nuit. Vers les 5 heure, les vents tournent au nord-ouest avec une telle force (80 milles à l’heure) que les gens ont peine à se tenir debout. Et tout à coup une explosion terrible secoue la ville ; une citerne d’huile vient d’exploser ! Tout flambe comme une botte de paille ! Les gens paniquent. Les personnes cherchent refuge dans les eaux agitées du lac Témiscamingue.

À Judge, le feu brûle presque tout sur son passage. À Nédelec il n’y a que l’église qui est épargnée. 52 familles sans abris. Ici, à Notre Dame du Nord, comme par magie, quelques bâtiments sont épargnés dans les rangs et près du lac Témiscamingue et le quai où les bateaux accostent. Mais tout le reste brûle : le bas du village à sa largeur, le côté droit de la rue Principale à la rue Ontario. Ici comme à Haileybury, le village est séparé en deux. L’école y passe, celle-ci nous servait de chapelle en remplacement de notre ancienne église qui avait brûlé le 1er janvier 1919. Notre église actuelle et le presbytère, alors en construction, sont épargnés. Vers 6 heure, comme à Haileybury, le vent vire nord-ouest, ça sauve le nord du village mais, fait brûler le côté est, jusqu’à la rue Desjardins. Entre-temps, à cause des vents qui sont très forts, le feu saute la rivière et continue ses ravages de ce côté. Il continue son chemin jusqu’au rang 4.

Il y avait beaucoup de forêt dans ce temps-là et, comme tout est très sec, avec la force des vents, le feu avance avec une rapidité incroyable. Le feu se transporte dans les airs à une vitesse folle, le tout ressemble à une fin du monde, les animaux paniquent tout brûle. Grand-père se souvenant d’un feu semblable qui avait eu lieu à Timmins en 1911, fit sortir Anna, sa belle-mère et les enfants qui étaient à la maison, tout le monde se réfugie dans les ravins Grand-maman s’y cachent avec les enfants ils se placent du linge trempé sur eux pour ne brûler. Elle ne croit pas le danger si grand; demande à Joseph d’aller chercher un manteau à la maison, pour sa mère qui a froid. Grand-papa quand il en ressortit, le feu ayant brûlé la porte, une poutre se détache du plafond, lui tomba sur les yeux et le brûla si fort, qu’il est demeuré aveugle trois (3) jours, après ce temps, il fut capable de voir à nouveau. Les hommes amènent au lac les chevaux qui renâclent, hennissent, ils sentent bien que ce n’est pas normal, les tôles de couverture des granges volaient autour et le feu qui gronde et roule c’est angoissant. L’eau est froide au mois d’octobre. Les autres gens tant bien que mal, se cachent sous des couvertures mais beaucoup n’en ont pas. Les yeux rougis par la fumée, transis de froid, en larmes, ils regardent brûler leurs biens. En moins de 6 heures (18), presque tout est en ruine. Mais, lorsque le vent a viré nord-ouest, le nord de la ville et New-Liskeard, qui ont déjà plusieurs dégâts, ont été épargnés. Mais le sud d’Haileybury et North-Cobalt brûlent! Ici, comme ailleurs, la désolation est grande, il y a des pleurs, des cris, des lamentations, les cris des jeunes enfants, les pleurs des bébés qui ont faim car les biberons sont vides depuis longtemps que c’est triste à voir et à entendre!

Grand-mère avec un bébé de trois (3) mois Marcel dans les bras, n’ayant pas une couche pour le changer, trois autres enfants dont Henri, infirme des suites d’une poliomyélite qu’il a eu a un an et demi, restant une jambe plus courte, grand-papa aveugle et sa mère qui est très avancée en âge, Olivina et Placide dont elle ne sait pas s’ils sont vivants ou brûlés… Où aller ?… Quoi faire ?…

Malgré les tourments épouvantables qui la tenaillent, dès que le feu eut diminué, elle rassemble sa petite troupe et s’engagea dans le rang, pour retrouver ses frères, au moins trouver la rivière qui passe à environ un mille de là. Le soir vint et c’est près de l’eau que l’on pu se retrouver. Léo, son frère, ayant suivi le bord du lac; avait retrouvé ceux qui allaient à l’école et les ont ramener vers 9 heures du soir : quelle belle réunion ce fut.

Ceux dont les maisons sont épargnées, aident comme ils peuvent les sinistrés. Comme dans le rang une seule maison était restée intouchée. C’est dans la maison de M. Laforge qu’on entassa les 5 familles pour y passer la nuit. Le soir vers les 11 heures (23), le vent devient très froid et, réunis pour se réchauffer, les gens apprécient du fond de leur cœur les pains beurrés avec de la graisse ainsi que les couvertures qui leur sont offertes.

Comme le saint homme Job, la prière ce soir-là fut : “Mon Dieu, Vous nous avez tout ôté, que Votre Saint Nom soit béni.”

Triste bilan : à North-Cobalt : 11 morts; à Haileybury : 32 morts; 1565 logis incendiés; 6566 personnes sans abris, c’est la désolation ils ont tout perdu.

Ce Grand Feu a semé la désolation partout où il a passé. Le lendemain les yeux rougis, la population regarde, désespérée, les 6 pouces de neige, noircie par les cendres, tombée durant la nuit et qui recouvre les carcasses de leurs pauvres bêtes et les restes de leurs demeures. Le désespoir dans l’âme, personne ne peut dire un mot sans laisser couler de grosses larmes. Il faut repartir à zéro. C’est un miracle pour les croyants qu’ils sont. Ils ont le courage de rebâtir tout en s’entraidant les uns les autres que de générosité et d’ingéniosité pour coudre tout le linge donné, elle refait dans du vieux que grâce à la machine à coudre épargnée du feu, il ne reste que le mécanisme et un tiroir; grand-maman a cousu sans relâche car l’hiver était presque là. Avec le linge reçu d’un peu partout coud pour sa famille, celles de Léo, de Joseph et d’Armand Laforge. Que de fois nous a-t-elle raconté que les couches de Marcel avaient faites avec des dos de vestes d’habits d’hommes. Imaginez le luxe, “du satin”, ça doit être de là qu’il a appris à aimer le beau! Il ne restait que 2 vaches, dont une fut donné au frère d’Anna, Joseph Lacasse pour que ses enfants aient du lait. Lorsque revint la vue de grand-papa, le courage revient aussi. Avec ses beaux-frères, ils ont fait des billots pour reconstruire les maisons et aux fêtes de Noël, ils purent rentrer enfin chez-eux. A peine relevés de cette lourde épreuve que la vie à nouveau vint remplir le cœur de grand-mère, une nouvelle naissance est à prévoir. La maison est tellement remplie que le temps lui manque pour apprécier son état.

Mortalité dans la famille

L’arrière-grand-père Brisson étant tombé malade, notre arrière-grand-mère ne pouvait le soigner seule. Ce fut chez Joseph et Anna qu’ils s’en vinrent en mars. C’est ainsi qu’en mai 1924, il s’est éteint, probablement du cancer; maladie inconnue dans ce temps-là.

À peine quelques jours après l’enterrement, Henri attrapa le “croup”, la maladie de gorge et s’éteignit à son tour à la fin de mai.

Olivina, la plus vieille, âgée de 10 ans, fut atteinte à son tour et mourut au début de juin, alors qu’elle marchait au catéchisme. Elle fut consciente jusqu’à la dernière minute.

Et la vie continua

Ces douleurs éprouvèrent nos grands-parents plus qu’on ne peut l’écrire. Comme la contagion était entrée dans la maison au risque de voir s’éteindre les autres enfants, Anna et Joseph durent laver au “lessie” (produit très fort semblable au javex); tout ce qui était lavable et désinfecter le reste à fond; tout cela, à peine un mois avant la naissance de Roger qui se présenta le 9 juillet 1924; jour de leur anniversaire de mariage. La vie continua avec ses journées de 20 heures de travail, car pour arriver à faire vivre la famille, Joseph se fit voiturier, c’est-à-dire qu’il allait chercher, pour les marchands du village, des marchandises aux “chars” de New Liskeard. Levé à quatre heures du matin, grand-papa partait avec ses chevaux pour New Liskeard, chargeait sa voiture de sacs de sucre, farine, moulée ou autres, revenait et déchargeait le tout au magasin; la même journée. Il pouvait rentrer à la maison vers onze heures du soir. Très longues journées pour très peu d’argent.

Ce chapeau resta un symbole

Étant bâti aux frontières de l’Ontario, on offrit à Joseph de s’ouvrir une auberge et de vendre de la boisson, ce qui aurait pu être un apport important aux finances de la maison. Mais ses principes religieux ne lui laissaient pas le choix de donner le mauvais exemple à ses enfants et c’est ainsi qu’il s’opposa à la vente de boisson autant par lui-même que par la paroisse. C’est ainsi que revenant d’une assemblée, un soir où son vote avait fait pencher la balance en faveur de la prohibition, il se fit tirer par quelqu’un qui ne partageait pas ses vues. Le tireur le manqua et n’attrapa que son chapeau. Grâce à Dieu ! Et ce chapeau resta pour la famille tout un symbole.

Après avoir eu six garçons de file… 3 filles

Après avoir eu six garçons de file et perdu leur seule fille, Annette vint au monde le 10 mars 1926. Beau bébé qui su à son tour alerter nos parents avec une attaque d’arthrite qui lui faucha les deux jambes et la laissa plusieurs mois sans marcher. Heureusement qu’après beaucoup de soins elle revint à la santé.

En l’année 1928 ou début 1929, Joseph, avec un associé, s’est lancé dans la vente de parts de mine. S’étant fait un petit pécule, les grands-parents pensèrent faire un petit voyage, question de prendre un peu de repos bien mérité et de visiter la parenté de Montréal, Joliette et Ste-Agathe qu’ils n’avaient pas vue depuis plus de vingt ans. Beau voyage en perspective mais à peine arrivés à Montréal, que les nausées de maman lui apprirent que la famille n’était pas finie et ainsi, que le 23 février 1930, Maria vint au monde. On l’aima, la choya bien, se disant que c’était sûrement la dernière, car grand-maman avait alors 44 ans et l’on croyait pouvoir relaxer un peu.

Mais la boucle n’était pas bien mise. C’est ainsi que le 8 juillet 1932, par un beau dimanche après-midi, Olivina fit son entrée dans ce monde. Ayant épuisé Anna jusqu’au bout et Joseph aussi, on pensa lui donner le nom de leur première fille, Olivina, celle qui n’était plus et qui du haut du ciel pourrait redonner des forces à grand-maman afin qu’elle puisse prendre soin de ce nouveau bébé. Grâce accordée car malgré ses 46 ans bien sonnés, jamais mère ne fut plus dévouée.

Quand Dieu remplit le berceau

À l’âge de cinquante-deux ans, Anna fit une grosse crise de cœur. Pour quelques instants on crut que sa vie était partie. On se souviendra toujours de ces douloureux moments.

C’est par ce qu’on a raconté, que j’ai écrit ces lignes mais je suis sûre que si leur foi n’a jamais manquée, l’argent elle, faisait souvent défaut et bien souvent ils ont vécu l’expression disant “quand Dieu remplit le berceau, il n’oublie pas de remplir la huche”.

Voilà qu’en 1939 le gouvernement passa une loi permettant aux cultivateurs d’emprunter au “Crédit Agricole”. Cela permit à nos grands-parents de remettre la dette à leur “Séraphin” de prêteur et la prospérité apparut peu à peu.

Vers 1941 ou 42, le gouvernement donna un octroi pour égoutter les terres en creusant un gros fossé. Ainsi, la rivière Blanche ne débordait plus au printemps et les semences pouvaient se faire à temps. Le troupeau grossit et les affaires allaient mieux.

La remise du flambeau

Le 2 mai 1944, Placide et Donat se marièrent et s’établirent sur les terres voisines de celle des parents. Maurice s’établit en Ontario et Marcel s’acheta une terre juste aux lignes du Québec. Les grands-parents vieillissaient doucement, et c’est ainsi qu’en 1948, lorsque Roger se maria, ils lui remirent le flambeau mais continuèrent à rester dans la même maison. Les grands-parents ont pris le devant de la maison; Roger et sa famille la cuisine et le haut. Joseph aidait encore aux travaux de la ferme selon ses capacités, et étant donné qu’ils recevaient leurs pensions de vieillesse, ils purent mieux profiter de la vie.

L’arrière-grand-mère Lacasse demeurait toujours avec eux et ce n’est qu’en juillet 1952, qu’elle meurt à l’âge de 99 ans et 10 mois. Elle aurait eu 100 ans le 15 septembre. On croit penser qu’elle a fait de l’alzheimer sur les dernières années de sa vie car elle disait à grand-papa de venir se coucher lorsqu’elle était au lit croyant sans doute que c’était son mari.

Annette et Maria se sont mariées ensuite ce fut au tour d’Olivina et qui demeura à Nédelec.

Le 11 septembre 1959

Joseph tomba malade, ses reins et son cœur étant affectés, il demeura malade plusieurs années sans pour autant être au lit. Et ce fut le 11 septembre 1959 qu’il s’éteignit après avoir passé presqu’une semaine dans le coma. Le dimanche 6 septembre, il est allé à la messe et a communié. L’après-midi il eut de la visite et a voulu aller chez Placide, alors on y alla et le soir au souper, une paralysie totale le cloua au lit. Il ne reprit pas connaissance et mourut le vendredi vers 11 heures. Il avait 75 ans et 7 mois.

Anna se trouva bien désemparée par cette séparation car cela faisait depuis près de 50 ans qu’ils étaient mariés. Mais son courage et sa grande foi en Dieu lui permirent de passer à travers l’épreuve et malgré son âge avancé, elle continua à être le point de ralliement.

Grand-mère nous laisse à son tour

Une autre épreuve devait encore l’atteindre car en 1960, Roger perdit sa femme du cancer du pancréas, laissant 7 enfants derrière elle. Cette douleur plus que toutes les autres l’atteignit en plein cœur et malgré ses 70 ans passés, elle fit son possible pour aider ces enfants si jeunes à faire leur chemin dans la vie, à montrant à moi, Marie-Claire et Micheline à tenir maison et autres à être gentils (à leur grande damnation; dit Tante Vine). C’est le 27 juillet 1964 qu’elle mourut après 2 nuits de grandes souffrances à l’hôpital de Ville-Marie. Elle fut enterrée le 29, à Notre-Dame du Nord.

Quel courage elle a eu, et je sais qu’au ciel elle a continué à être là pour nous protéger, que de bons grands-parents nous avons eu. Je me souviens de voir arriver Denise à pied, le soir et venais manger du spaghetti blanc servi avec du beurre, sel et poivre. Que grand-mère se mettait à faire cuire et tout en l’écoutant jaser, que c’était bon, le pouvoir qu’avait grand-mère de nous rassurer, de nous aimer. De Fernande, Raymond et Jeanne d’Arc venant écouter Séraphin à la télévision tous ensemble, Gaston devait bien y être mais je ne m’en rappelle pas, il devait être bien tranquille comme toujours. De nos dimanche lorsque toute la famille se réunissaient, avec Gaétane, Réjean et Jean-Claude, Rachel, Nicole, Denis, Diane on courait partout autour de la maison et lorsqu’ils (les parents) voulaient qu’on soit tranquille, grand-père nous faisait asseoir autour de lui pour raconter ses fameuses histoires (ses contes). Il était un bon raconteur tout avait l’air tellement vrai, même les fées et les revenants, le fameux bonhomme 7 heures pour nous coucher tôt et après la vaisselle tous jouaient aux cartes : au cinq cent et c’est là qu’on se mettait à chanter, chacun y allait de sa toune préférée.

Grand-père était un homme joyeux

À lire ces pages, nous semblons croire que nos grands-parents devaient être des gens tristes, vu l’abondance des troubles énumérés. Ce n’est pas le cas. Grand-père était un petit homme joyeux qui aimait chanter, danser, rire et il “steppait”, très bien. Certains disaient qu’il aurait pu danser dans une assiette de “faïence” sans la briser, tant il était agile. C’était un merveilleux raconteur, le soir à la lampe à l’huile, c’était les histoires de la petite chatte blanche, de la jarretière verte, des ti-Jean qui se terminait toujours trop tôt pour nous, car parfois pour s’amuser de nous, il finissait son histoire par “puis j’ai mis le pied sur la queue d’une petite souris et hip, mon histoire est finie”. Il chantait dans la chorale, à la messe du dimanche et aux vêpres.

Le médecin, après avoir aidé grand-mère quand elle a eu ses enfants, ayant constaté la délicatesse et l’habileté de grand-père, lui demanda souvent son aide pour des cas compliqués et c’est ainsi qu’il devint sage-femme. Comme il ne faisait pas payer ses services, plusieurs dames demandaient ses soins, plutôt que celui du docteur.

Ayant appris des Amérindiens à soigner les blessures avec des “bois”, il soulagea beaucoup de gens et conserva cette tradition en montrant son secret à Roger, Marcel et Maria qui, à leur tour, l’ont transmise.

Comme Joseph était toujours de bonne humeur, ses plus gros sacres étaient “couleuvre de serpent”. Encore plus choqué il ajoutait “lézard” et les seules fois pour nous faire écouter vite, il ne donnait ni coups, ni tapes mais nous poussait le bras avec son doigt. C’était la punition la plus sévère que l’on puisse recevoir.

Charitable, Bonté = Grand-Maman

Pour grand-mère, je ne crois pas qu’elle avait son égale pour sa charité. Plusieurs jeunes voisines l’adoptèrent comme mère et venaient chercher auprès d’elle conseils et encouragements. Ayant eu une nombreuse famille, les soins aux bébés n’avaient pas de secrets pour elle.

Vers les années 1939-1940, un cercle de fermières fut fondé dans la paroisse. Elle fut nommée la première présidente. Je me souviens de son émoi d’avoir été choisie parmi tant de dames. Elle en était restée toute rouge au point que, quand elle revint à la maison, sa mère l’avait grondée de s’être “fardée”.

Puis elle apprit à tisser au métier et pour plusieurs années, pas une pièce au métier dans la paroisse et aux alentours ne se montait sans son aide.

Aussi, ayant une tricoteuse, c’est bien souvent le soir, à la veillée, on entendait le “rou” “rou” de la tricoteuse ou celui du rouet car elle filait le lin et la laine des moutons.

Nos grands-parents étaient recevants

À la maison, on aimait aussi recevoir presque chaque dimanche, alors que quelques amis s’invitaient à dîner ou à souper. Chaque été, les tantes et oncles venaient passer parfois des semaines, d’autres des mois et c’était des parties de plaisir. À chaque Jour de l’An, c’était les rencontres de familles Rodolphe, Joseph et Léo car comme l’arrière grand-mère était à la maison, cela donnait une raison de venir chez les Brisson. Tous, bons chanteurs, on en faisait lever le plafond. Lorsque l’arrière grand-mère est morte, la dernière nuit, nous étions sûrement 150 personnes, par petits groupes dans la cour, car il faisait très chaud. Et au service à l’église il y avait plus de 300 personnes et après près de 200 personnes vinrent dîner à la maison, après la cérémonie.

Que de souvenirs encore

Nous étions une famille très unie. Dès qu’un bébé arrivait, Maria et Olivina étions disponibles pour les relevailles. Les foins, les récoltes se faisaient aussi ensemble. Les gars se donnaient à ces tâches, ainsi qu’à celle du bois de chauffage.

Nous allions à la cueillette des petites fraises dans le bois voisin ou dans le rang 6 pour aller au bleuet.

Les tours de force que les gars faisaient en levant des grosse bûches. Les parties de balle au camp que tout le monde suivait dans le camion de M.Denis. Les départs pour les chantiers où ceux qui partaient et ceux qui s’ennuyaient tant. La guerre qui nous fit si peur même si heureusement aucun des nôtres ne partit.

Des gens simples, bons, accueillants

Nous sommes fiers d’être les descendants de cette race de monde digne et courageux.

À tous les descendants intéressés, à connaître la vie de vos grands-parents, au meilleur de ma connaissance, je vous l’ai ici racontée. Il y a sûrement des grands bouts, qui m’étaient inconnus, mais de mon mieux, espérant que comme moi, vous trouverez, que nous sommes privilégiés, d’avoir eu de tels parents, et grands-parents. Merci à nos autres tantes : Maria et Annette pour leurs récits savoureux.

Roger y a mis du sien, lors des rencontres, et maintenant qu’il y en a beaucoup qui ne sont plus avec nous je me suis fait un plaisir d’écrire ce récit.

De Bretagne ou du Poitou

D’Avignon ou de Limoilou

Un ancêtre Brisson nommé

Sur nos terres est débarqué

Plus de trois cents ans après

Des descendants il y en avait

De l’Ouest jusqu’en Abitibi

On en retrouvait les épis…

Et merci à Denise Hurtubise pour ses conseils de mise en page

Olivine Brisson Beaupré qui a écrit ce récit

Marie Claire Brisson pour la mise en page

https://claude.ai/share/7f56dc50-867d-4398-8df9-94564d34f257